HANDISERVICES-AUDE

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POUR UN ACCÈS EFFECTIF A LA SEXUALITÉ DES PERSONNES HANDICAPÉES, EN PARTICULIER LES FEMMES


LA VIE SEXUELLE DES FEMMES HANDICAPÉES MENTALES

les déficients mentaux ont rarement droit à une vie sexuelle et affective. Enquête.

 

Il est 20 heures à Paris. Au sud de la ville, dans un immeuble en pierres de taille qui accueille 29 adultes déficients mentaux, une retardataire savoure en silence son thé dans le réfectoire vide. Quelques résidents arpentent les couloirs de l’établissement.

L’heure du coucher approche. Les femmes gagneront alors leurs chambres situées à l’étage qui leur est réservé, et les hommes rejoindront le leur. Pierre Legrand (son nom a été modifié) est catégorique : « Pas de ça ici ! » Directeur du foyer depuis douze ans, l’homme d’âge mûr a le mérite d’être honnête :

« Les relations sexuelles sont proscrites. C’est écrit dans le règlement intérieur de l’établissement. »

Peu de directions ont cette franchise. Toutes ou presque sont gênées par la question et nous ont demandé de ne pas citer leur établissement. Interdire à un individu déficient mental d’avoir des rapports sexuels est en effet illégal.

En janvier 2002, une loi a réaffirmé le respect à toute personne prise en charge dans un établissement médico-social « de sa dignité, de son intégrité, de sa vie privée, de son intimité et de sa sécurité ». Ce texte n’est qu’un rappel d’un droit déjà inscrit dans l’article 12 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

La sexualité, pas toujours interdite mais pas autorisée pour autant

Pourtant, l’attitude de Pierre Legrand n’est pas une exception. Denis Vaginay, docteur en psychologie clinique et auteur de « Comprendre la sexualité de la personnes handicapée mentale » ,regrette :

« Les relations sexuelles sont encore trop souvent brimées dans les centres médico-sociaux. Si certaines équipes ont engagé un travail poussé sur le thème de la sexualité, à l’échelle du pays, on en est encore aux balbutiements de la réflexion. »

Martine Bulle, directrice d’un service tutélaire dans le Nord, épaule des personnes déficientes placées sous curatelle. Elle partage ce point de vue. Selon elle, la sexualité n’est pas toujours interdite à proprement parler, mais elle n’est pas autorisée pour autant :

« Les éducateurs laissent les portes ouvertes, entrent brusquement dans les chambres, des rondes de nuit sont planifiées. »

« Nous avons le droit de faire l’amour »

L’ambiance est moins crispée au foyer de vie T., dans le Nord. Ici, la sexualité n’est pas un sujet tabou, le personnel n’hésite pas à aborder ce thème avec les résidents. A l’heure du repas, assis dans la grande salle à manger peinte en bleu et jaune vif, un couple d’amoureux échange un baiser.

Christophe, 36 ans, présente fièrement sa compagne, Carole. Une table plus loin, Sharon (nom modifié), qui vit au foyer depuis son ouverture, affirme également que l’équipe qui l’encadre est assez ouverte d’esprit :

« Nous avons le droit de faire l’amour. Lorsque je suis arrivée ici, on m’a donné un livret où on nous l’explique. »

La jeune femme n’a pas toujours bénéficié de cette liberté. Dans le foyer où elle vivait auparavant, elle n’avait pas le droit d’avoir de rapports sexuels. Pour le directeur de ce foyer, cette autorisation est toutefois une évidence :

« Interdire à quelqu’un de faire l’amour, ce serait comme nier sa nature d’être humain. Qui sommes-nous pour nous octroyer ce droit ? »

Protection et respect de l’intimité, le dilemme des professionnels

Malgré tout, Sharon n’est pas entièrement satisfaite :

« Certains éducateurs ne sont quand même pas d’accord. Je les ai vus plusieurs fois dire à des habitants de sortir de la chambre quand ils étaient en train de faire l’amour. »

Mathilde R. (nom modifié), éducatrice spécialisée au foyer, explique la nécessité de juger au cas par cas :

« On côtoie les résidents quotidiennement, on connaît leur passé. Parfois, il est nécessaire d’y aller étape par étape, de ne pas aller trop vite en besogne. On sait que cela risquerait de les fragiliser. »

La jeune femme évoque alors le cas de Louise, handicapée mentale, qu’elle a accompagnée. Selon l’éducatrice, elle n’a très vite vécu que pour son compagnon, autour duquel elle a réorganisé toute sa vie : elle commençait à avoir des propos sombres, se refermait beaucoup sur elle-même. A présent, Mathilde préfère agir avec davantage de prudence.

Michel Davet (nom modifié), directeur d’établissement dans les Pays-de-la-Loire, confie lui aussi la difficulté d’accompagner la sexualité des personnes déficientes mentales :

« Nous devons respecter leur intimité, et en même temps la loi exige des professionnels un devoir de protection, car elles sont tout de même vulnérables. »

Pour lui, la double injonction n’est pas toujours facile à gérer car les personnes handicapées n’ont pas toutes la même capacité de discernement.

Selon Jean-Baptiste Thierry, maître de conférence à Nancy et porteur du projet Sexualité et handicap en institution (Sexhi), cela explique en partie pourquoi les institutions sont très prudentes :

« Si la personne n’est pas capable d’exprimer clairement son libre consentement, on doit aussi la protéger contre les autres, être sûr que c’est un acte dont elle a envie. »

« Avec certains parents, il ne faut surtout pas parler de sexe »

Cette protection est aussi une caractéristique du comportement des familles. Souvent très impliquées dans la vie de leurs enfants déficients, elles peuvent même être un obstacle de taille à leur épanouissement sexuel. Lors d’un colloque organisé par l’association des paralysées de France (APF) en janvier, l’éducateur d’un institut médico-éducatif (IME) d’Avranches témoignait :

« Une jeune fille de l’établissement a eu un rapport sexuel qu’elle a mal vécu. Sa maman a engagé une procédure judiciaire. »

Résultat : l’établissement a dû stopper tous les ateliers d’éducation sexuelle pendant un an et demi.

Eric Robin, chef de service hébergement au CAT (Centre d’aide par le travail) d’Aiffres (Deux-Sèvres), souligne la difficulté d’avancer sur le thème de la sexualité avec les parents :

« C’est à la base un sujet tabou dans toutes les familles. Ça l’est encore plus quand l’enfant est handicapé mental. Après avoir l’avoir surprotégé pendant des années, ils admettent difficilement qu’il soit adulte avec des besoins et des désirs de grande personne. »

Tous les acteurs du secteur l’affirment : le fait que la plupart des établissements français soient gérés par des associations de famille retarde la prise en compte de la sexualité dans le développement de l’enfant. Mathilde R., éducatrice au foyer T., dans le Nord, régi par des parents, confirme :

« Avec certains d’entre eux, il ne faut pas du tout en parler. On essaye de les rencontrer, de leur faire comprendre que leurs enfants sont des adultes à part entière. »

« Je n’arrivais pas à imaginer qu’il puisse avoir un désir sexuel »

Mais les familles ne sont pas les seules pour qui la représentation de la personne handicapée en tant qu’adulte est problématique. La vision que les éducateurs ont des individus qu’ils encadrent entrave aussi la vie sexuelle de ces derniers.

Dorothé Meller, éducatrice au centre médico-social Jules-Vernes d’Amiens, en a elle-même pris conscience. Elle décrit :

« Je m’occupais d’un garçon depuis ses 6 ans. Tout chez lui me rappelait un bébé : il portait souvent ses doigts à sa bouche, il avait la peau douce. Quand il a eu 19 ans, il a commencé à avoir fréquemment des érections durant la toilette.

J’ai demandé lâchement à l’infirmière de s’occuper de lui, car je me sentais mal à l’aise : son corps d’homme ne collait plus avec la représentation que le personnel avait de lui. Nous n’arrivions pas à imaginer qu’il puisse avoir un désir sexuel. »

Selon Eric Robin, la formation du personnel est encore problématique. Les étudiants n’abordent quasiment pas le thème de la sexualité durant leur scolarité. Il ajoute :

« La formation d’éducateur spécialisé est en outre trop centrée sur l’enfance. »

« Rendre les hommes impuissants ne suffit plus »

Certains directeurs prennent les choses en main. A Angers, Michel Davet a consacré un an et demi à la formation de son personnel :

« Il y a un moment où donner des médicaments pour rendre les hommes impuissants ne suffit plus à régler la question de la sexualité. Pour que les résidents se sentent bien, il faut aussi modifier le regard qu’on porte sur eux. »

Ce travail de représentation occasionne un changement important : accepter qu’ils aient des relations d’adultes permet de les considérer capables d’entretenir une liaison emprunte d’affection et non pas uniquement d’éros. Le sourire aux lèvres, Michel Davet rapporte :

« On s’est ainsi aperçu que deux hommes étaient en couple depuis plusieurs années, qu’ils s’aimaient. »

Cependant, certaines idées reçues ont la vie dure. Pierre Legrand, qui interdit tout rapport sexuel entre les habitants du foyer qu’il dirige à Paris, se justifie :

« Si on autorise un couple à faire l’amour, peut-être que cela se passera bien, mais il risque de donner des idées à d’autres qui ne sont pas forcément aussi équilibrés. Ça deviendrait ingérable. »

Beaucoup de professionnels associent encore le handicap à une sexualité débridée et incontrôlable.

La peur de la procréation

Pourtant, comme le précise le docteur Denis Vaginay, les motifs d’interdiction des rapports sexuels dans les établissements évoluent. Le spécialiste retrace :

« Avant, c’est parce qu’on avait peur d’une sexualité soi-disant bestiale. Maintenant, c’est avant tout une crainte de la procréation. »

Anne-Sylvie Patier ne s’en cache pas. Nathalie, sa fille atteinte de trisomie 21, loge dans le foyer de Pierre Legrand. Elle se souvient :

« Cela m’a tranquillisé que ma fille ne puisse pas avoir de relations sexuelles car au moment où elle a intégré l’établissement, elle n’était pas sous contraception. »

Anne-Sylvie Patier accepte à présent que Nathalie, qui a un petit copain, ait une vie sexuelle le week-end.

L’angoisse des familles : une grossesse

Denis Vaginay remarque que si aujourd’hui, on autorise davantage les personnes déficientes mentales à avoir des rapports, « il ne faut surtout pas que cela débouche sur une maternité ». Adeline Poullaouec a été animatrice de séjour pour adultes handicapés mentaux pendant six ans. Elle affirme :

« Quasiment toutes les femmes que j’ai vues prenaient la pilule et la plupart d’entre elles n’en n’avaient même pas conscience. Nous devions leur donner en même temps que d’autres médicaments. »

Pour Denis Vaginay, il n’y a pas de différence entre la stérilisation forcée, encore massivement pratiquée il y a quelques dizaines d’années, et ces méthodes. Le docteur en psychologie plaide cependant l’indulgence :

« Il faut se mettre à la place des parents : l’idée de devoir prendre soin d’un petit-enfant n’est pas évidente. »

Accompagner la personne, y compris dans le renoncement d’une grossesse, est pour lui une nécessité encore trop peu prise en compte.

La sexualité des handicapés, tout le monde s’en fiche

Face aux différences frappantes qui subsistent d’un établissement à l’autre, les autorités commencent à agir. Suite à la loi de 2002, des évaluations doivent être effectuées. Le but : vérifier que le projet d’établissement, qui regroupe les objectifs qu’il se fixe tous les cinq ans, est réalisé. Les inspections ont de plus pris beaucoup de retard.

A la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS), qui s’occupe des établissements médico-sociaux, une employée souhaitant garder l’anonymat avoue :

« Honnêtement, il y a la théorie et la pratique. Les départements et les agences régionales de santé (ARS) sont chargés des vérifications, mais il n’y a pas assez d’inspecteurs sur le terrain. »

Contacté, le ministère de la Santé n’a pas répondu aux questions. Au PS, Aurore Lambert, assistante politique sur les questions de handicap, confesse :

« Nous réfléchissons à la vie dans les établissements en général, que ce soit pour les personnes handicapées ou retraitées. Nous n’avons pas encore mené de travail spécifique sur la sexualité des déficients mentaux. »

Jean-François Chossy, député UMP pourtant très engagé pour la reconnaissance des assistants sexuels, botte en touche :

« Il doit bien y avoir une raison pour que les directeurs d’établissement empêchent les rapports sexuels, ce doit être une question de discipline, de fonctionnement. Il faut dire les choses, c’est tout de même une clientèle un peu dérangée. »

 

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12/05/2014
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POUR UN ACCÈS EFFECTIF A LA VIE AFFECTIVE ET SEXUELLE DES PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP

 

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Création de l’association handi-services

Pour un accès effectif à la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap

 

 

L’association “Assohandicap”dont dépend “Handi-services” a été créée le 15 juin 2010 à la suite de diverses recherches, sur la vie affective et sexuelle  des personnes handicapées, et tous handicaps, physique, psychique, mental, mais toutefois relativement autonomes, l’obésité en particulier l’obésité des femmes, est pour nous, aussi considérée comme un handicap. Nous avons eu connaissance de l’existence de collectif, et d’association, déjà bien encrées dans la promotion et la défense de cette cause. Notre association a pour objectif de militer en faveur d’un accès effectif à la vie affective et sexuelle, mais ne se limite pas à la simple promotion, mais à l’action, c'est-à-dire, à la réalisation du souhait des handicapé(es) a vivre une sexualité librement consentie, et épanouie. Etant moi-même reconnu handicapé, tout en restant autonome, je connais moi-même ce manque de vie sexuelle. Et pour un homme, cela manque. En tant q’homme, il va de soit que je ne m’occupe que de la situation des femmes. Ces personnes en situation de handicap, notamment à travers la création de services d'accompagnement sexuel.

L’association souhaite fédérer des personnes morales et physiques (personnes en situation de handicap, professionnels, etc.) autour des orientations et des actions et soutenir la création de dispositifs associatifs ou publics concernant la vie affective et sexuelle des personnes majeures en situation de handicap.

 

Pour nous,  un service d’accompagnement sexuel doit être un service d’information, de mise en relation et d’aide à la formulation de la demande de la personne en situation de handicap avec l’assistant sexuel. L’assistance sexuelle telle qu’elle est déjà en usage dans de nombreux pays (plus particulièrement dans les pays du Nord de l’Europe, aux Etats-Unis et en Israël) consiste à prodiguer, dans le respect, une attention sensuelle, érotique et/ou sexuelle à une personne en situation de handicap ou à permettre – à leur demande – l’acte sexuel à deux personnes qui ne peuvent l’accomplir sans aide.

 

 

Informations complémentaires et adhésions : assohandicap@live.fr  et nos sites et blogs : //assohandicap.blog4ever.com , //assohandicap.onlc.fr, //handi-limoux.onlc.fr

 

Qu’est-ce que handi-services, c’est une série de services destinés aux femmes handicapées?

 (« Assohandicap » Handicaps et Sexualités) a été créé pour échanger et construire avec les personnes handicapées concernées et les pouvoirs publics, des propositions d’actions pour une meilleure prise en compte de la vie intime, affective et sexuelle des personnes handicapées. Le collectif (Coordination Handicap Autonomie), (Groupement pour l’Insertion des Personnes Handicapées physiques)

 

 

Contacts presse: assohandicap@live.fr  -04.68.31.12.03 (une messagerie est à votre disposition) 


04/12/2013
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