HANDISERVICES-AUDE

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LOI ET ENJEUX POILITIQUES ET JURIDIQUE DE L'ASSISTANCE

 OBESITE ET

handicap physique (EMPUTATION DES 2 JAMBES)

LA DOUBLE "PEINE"

 

POURQUOI ?

 

 

ENJEUX POLITIQUES ET JURIDIQUES DE L'ACCOMPAGNEMENT

SEXUEL

L'évolution de l'accompagnement à la personne

Avec la loi du 11 février 2005, la France a commencé à tourner le dos à l'assistanat1, en instaurant entre

autres la Prestation de Compensation du Handicap [PCH], par laquelle elle reconnait le droit à l'autonomie et

au libre choix des personnes qui ont un handicap. La première conséquence de ce renversement des valeurs

est l'octroi d'un accompagnement adapté aux besoins réels de la personne ayant un handicap. Comme c'est le

cas en Suède depuis 19942.

Néanmoins, même si l'avancée est d'importance3, on peut encore prétendre offrir une réelle autonomie, pas

davantage que la citoyenneté inscrite dans la loi4.

Être accompagné, jour et nuit si c'est nécessaire, représente certes une sécurité et un confort indéniables ─ à

condition que ce soit reconnu et, par conséquent, appliqué de façon égalitaire dans tous les départements, ce

qui est loin d'être le cas ─, mais la reconnaissance de la personne dans son intégrité et son intégralité, donc

dans son humanité et son intimité, est loin d'être acquise. Politiquement et éthiquement parlant, ce n'est plus

acceptable.

Or, ni l'intégralité ni l'intégrité des personnes nécessitant un accompagnement constant ne sont vraiment

respectées aujourd'hui, qu'elles vivent à domicile ou en milieu institutionnel.

Comment dans ces conditions respecter la personne qui a un handicap alors qu'il est encore si difficile de

manifester une véritable empathie à son égard5, d'être présent à elle ? Comment "s'occuper" du corps de cette

personne tout en niant sa libido et peut-être même sa propre libido de soignant ou d'accompagnant ?

Comment entendre correctement sa frustration et ses refoulements alors qu'on est frustré soi-même ?

Comment imaginer des réponses consensuelles à ses questions taboues alors qu'on est soi-même dans un

questionnement difficile voire douloureux à ce sujet ?

De façon récurrente, la principale demande est de passer de la prise en charge de leur handicap à la prise en

compte de leur personne, avant même de penser à être accompagnée affectivement et sexuellement. Mais,

pour ce faire, il faut commencer par respecter le peu d'intimité des personnes nécessitant un

accompagnement constant, notamment en milieu institutionnel où il est fréquent que, par exemple, la porte

de la salle de bains reste ouverte pendant la douche des résidents...

Indubitablement, la révolution sociale et sociétale passe par la prise en compte de cette réalité encore trop

souvent négligée dans l'accompagnement au quotidien. Il est donc d'autant plus dérisoire pour ces personnes,

voire impossible, de penser à leur libido, à leur plaisir… Surtout si elles vivent dans la précarité et la

maltraitance morale et/ou physique, aussi passive que soit cette maltraitance.

Reconnaître la sexualité des personnes ayant un handicap, c'est reconnaître leur humanité et la pleine

légitimité de leur citoyenneté. Mais, jusqu'à aujourd'hui, ce droit a été plus ou moins rejeté ou nié du fait de

préjugés et de préconçues ataviques6.

Il s'agit désormais de passer d'une fatale situation de survie qui confine les personnes concernées dans

l'assistanat, à une situation de vie pleine et entière…

Du poids des mots

Il me faut préciser que la dénomination "accompagnement sexuel" recouvre la même activité que celle

d'"assistance érotique (ou sexuelle)", la première découle d'un usage surtout personnel7 et la seconde est une

dénomination internationale, d'origine anglo-saxonne, qui est en train de s'imposer.

1 Époque à laquelle on prenait en charge les personnes handicapées et où on estimait avoir fait son travail quand ils

étaient nourris et blanchis.

2 NOURY D. (2003), La compensation du handicap en Suède, rapport n° 2003-052 de l'Inspection Générale des affaires

sociales.

3 Comme en Suède.

4 Loi pour « l'égalité des droits et des chances, de la participation de la citoyenneté des personnes handicapées ».

5 NUSS M. (2008), La présence à l'autre, Dunod.

6 STIKER H.-J. (2007), Corps infirmes et sociétés, Dunod.

7 Je préfère l'idée d'accompagnement à celle d'assistance, quelle que soit la forme d'accompagnement. Je préfère parler

d'accompagnement sexuel plutôt que d'assistance sexuelle et/ou érotique car il me semble que l'idée d'accompagner

une personne, même dans le "soulagement7" de sa libido, plutôt que de l'assister ─ peut-être du fait d'un rejet de vieux

attendais rescapé de l'assistanat est plus intégratif et humanisant ?

2

L'adjectif "sexuel", d'après le dictionnaire atilf.atilf.fr, englobe ce « qui est relatif au sexe, à la sexualité et

relatif aux caractères anatomiques et physiologiques qui distinguent l'homme et la femme... ». Tandis que

l'adjectif "érotique", d'après le même dictionnaire, définit notamment « ce qui provoque le désir amoureux ».

Or, me semble-t-il, il n'est pas question de provoquer le désir, dans l'accompagnement sexuel, mais de

répondre à un besoin sexuel.

Néanmoins, ces deux mots ne définissent pas exactement la réalité de tels gestes puisque le lambda ne

focalise que sur la masturbation, quand bien même celle-ci ne représente que 15 à 20 % d'un

accompagnement sexuel. Faut-il pour autant changer de dénomination comme le pensent certains, afin de ne

pas froisser les esprits hypocrites, ou faut-il continuer à appeler un chat un chat, comme je le pense ?

La question est d'autant plus pertinente que, en France comme en Suisse ou en Allemagne, il n'est pas

question d'ouvrir la voie à la permissivité en inscrivant explicitement la pénétration ou le cunnilingus et la

fellation, dans le cadre de l'accompagnement sexuel. Car, du moins en France, une telle prestation serait

automatiquement considérée comme étant d'ordre prostitutionnel.

Toutefois, il ne s'agit pas non plus d'interdire une telle prestation, parce que personne ne peut, n'est en droit

de s'immiscer dans ce qui relève du droit privé, donc de la liberté et d'un choix individuels ! Ce choix

relevant aussi bien de la personne accompagnée que de la personne accompagnante.

Sensualité et sexualité ne riment pas avec amour

La dynamique de l'accompagnement sexuel des personnes en situation de dépendance s'inscrit dans ces

prémices. Avec les promesses qu'elle contient et ses limites aussi.

Si l'accompagnement sexuel apporte un évident mieux-être, voire un bien-être physique et psychique, il

n'offrira jamais l'amour dont chacun d'entre nous rêve.... En cela, le concept de "soulagement" me semble

primordial, si nous ne voulons pas provoquer de fausses espérances auprès des personnes en souffrance

affective et sexuelle. Je n'ai jamais entendu une personne en situation de handicap revendiquer autre chose

que du mieux-être, de la prise en compte de sa sensualité et de sa sexualité.

La vie amoureuse est une quête personnelle, elle ne peut nous être offerte ainsi, le temps d'une séance

d'accompagnement sexuel. L'accompagnement sexuel lui permettra de découvrir son corps sexué, de

(re)prendre confiance et plaisir dans son corps et ses ressentis… Ce qui lui donnera peut-être la force ou

l'envie de se libérer, de tenter des rencontres, d'oser être soi.

L'accompagnement sexuel est, et restera toujours, une réponse aux besoins du corps. Une réponse est non la

réponse, un choix possible et non un idéal.

La compassion n'est pas la réalisation

Depuis plusieurs décennies, la société ergotait sur le sexe des "anges" dans l'hexagone, entre gens autorisés

et très compatissants. Alors que les hollandais avaient proposé l'accompagnement sexuel à leurs concitoyens

handicapés... dès 1980, de façon généraliste ! Suivis par le Danemark, l'Allemagne et la Suisse.

Ces discussions se déroulaient le plus souvent sans les intéressés eux-mêmes, probablement considérés

comme trop concernés pour être objectifs et clairvoyants en matière de sexualité ?

Pourtant, les attentes sont bien réelles et se font de plus en plus pressantes et insistantes. D'autant plus que

des voisins européens donnent l'exemple, et un exemple positif.

C'est ainsi que, ici ou là, des directeurs d'établissements, des aidants professionnels et des parents refusent de

se voiler la face et prennent le risque de mettre en relation un résident ou leur enfant et une prostituée,

conscients et soucieux des des souffrances induites l'accumulation et le refoulement des tensions libidinales

sur son équilibre, ainsi que de son droit à accéder au plaisir comme tout un chacun.

Avancer dans ce domaine n'est facile pour personne ! Mais est-ce vraiment aussi difficile qu'on a bien voulu

le croire et/ou le faire croire. Il est grand temps de dépasser les réticences culturelles, politiques et religieuses

qui brouillent l'objectivité des perplexes charitables et bien-pensants.

D'un point de vue éthique, se pose et se posera toujours la question de savoir jusqu'où nous pouvons aller

dans cet accompagnement délicat8, sans créer de nouvelles dépendances ni mettre en danger la personne

ayant un handicap et/ou l'accompagnant(e) sexuel(le), mais ce n'est pas une raison pour ne pas dépasser les

freins socioculturels ? Les barrières et les doutes existeront toujours et partout.

8 Personnellement, je pense qu'un jour ou l'autre l'accompagnement sexuel s'ouvrira à toute personne souffrant de

misère affective et sexuelle. Je pense même que ce serait salutaire.

3

Néanmoins, pour comprendre les tenants et les aboutissants de l'accompagnement sexuel, nous devons voir

comment et pourquoi, dans les pays qui nous entourent9, ces accompagnements intimes existent depuis plus

de 20 ans parfois.

Contexte juridique

Mais qu'en est-il sur le plan juridique ? Pourquoi dans ces pays l'accompagnement sexuel, dans ses

différentes formes, est-il possible et pas en France ?

D'après Caroline Gelly10 :

« La prostitution (du latin prostituere : mettre devant, exposer au public) se définit comme l'activité

consistant à solliciter, accepter ou obtenir, en échange d'une rémunération ou d'une promesse de

rémunération, des relations de nature sexuelle11. L'accompagnement érotique renvoie au fait de prodiguer

des prestations sexuelles aux personnes handicapées en contrepartie d'une rémunération.

[...] La crainte des initiateurs de l'accompagnement érotique en France est donc légitime, même s'il est

intéressant de constater que tous les pays d'Europe occidentale n'ont pas la même approche de la

prostitution, qui n'a d'ailleurs pas le même statut juridique dans tous les pays12.

Par exemple, l'Allemagne ou les Pays-Bas sont des pays dits "réglementaristes". Cela signifie que la

prostitution est acceptée dans un cadre juridique précis, qui la réglemente comme toute autre activité.

Ces pays qui ont une vision plus ouverte et libérale de la prostitution, sont ceux-là même qui ont par ailleurs

mis en place des structures organisant l'accompagnement érotique.

Contrairement à l'Allemagne et aux Pays-Bas, la Suède, est un pays "prohibitionniste" puisqu'il interdit la

prostitution. Il est intéressant alors de constater que la Suède ne dispose pas de service en assistance sexuelle.

[...]

 



16/07/2010
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